Grégoire de Tours raconte . . . GONDOVALD, le prétendant au trône franc

jeudi 7 février 2008
Michel COURIVAUD
Agent Mandataire AXA
OLONNE SUR MER, France
Gondovald est désigné dans l’œuvre de Grégoire de Tours comme le prétendant au trône franc. Son parcours et son histoire sont alors caractéristiques de l’échec d’un prétendant à la royauté.

Gondovald est un aventurier à la solde de l’Empire romain d’orient. Le pouvoir politique de Constantinople peut l’avoir employé pour déstabiliser la dynastie franque dans le grand sud-ouest à l’instigation des Grands de Childebert.

L’aventure de Gondovald coïncide avec le réveil de l’aristocratie aquitaine. L’Aquitaine est considérée par les Francs comme une terre en exploitation. Elle n’est pas au sens strict du terme intégrée au royaume. La présence barbare y est lâche. Les Francs y délèguent leurs comtes qui mettent bien souvent le pays en coupe réglée. La présence franque vécue comme une occupation se double d’un fort sentiment identitaire national. Ainsi, toutes les occasions sont prises par les aristocrates aquitains pour tenter de pourvoir à leur dessein. Suite à une ambassade franque menée par le duc Gontran Boson vers l’empereur d’orient, Gondovald vient en Gaule et se réclame fils du roi Clotaire. A l’appui de son affirmation se trouve un récit de son enfance et de son errance. Il est possible qu’à la base de cette allégation se trouve un récit, concernant un fils de Clotaire, repris par Gondovald.

" Il convient de rappeler brièvement quelques détails sur son origine " (193). Grégoire désigne Gondovald par celui " qui se disait fils du roi Clotaire " .

" Comme il était né dans les Gaules et avait été élevé avec un soin diligent, avec les boucles des cheveux répandues dans le dos comme c'est la coutume de leurs rois, qu'il avait été instruit dans les belles lettres [...] Il fut présenté au roi Childebert par sa mère " .

Grégoire fait œuvre d’historien. Il reporte avec souci les informations du temps véhiculées par Gondovald et ses appuis. Il ne se prononce pas lui-même, mais condamne Gondovald.

Après avoir été tondu par son père, puis par Sigebert, son demi-frère fictif ou présumé, il est envoyé à Cologne.

Échappé de cet exil, il rejoint le général Narsès, chargé avec ses bucellaires de la reconquête de la péninsule italienne par Constantinople.

Et ayant laissé pousser ses cheveux de nouveau, il part vers la seconde Rome.

" C'est de là, dit-on, que longtemps après, il fut invité par quelqu’un à venir dans les Gaules " .

Gondovald pénètre en Gaule à Marseille. Il y est accueilli par l’évêque Théodore. Il opère une jonction avec le patrice de Marseille en fuite, Mummole. Ce premier contact entre l’aventurier et les Grands est un échec. Gontran Boson fidèle à son manque d’honneur et de parole (194), arrête Théodore qui exhibe une lettre, " souscrite des mains des Grands du roi Childebert, et déclara : " je n "ai rien fait par moi-même que ce qui m’a été commandé par nos maîtres et nos seigneurs " (195).

" Quant à Gondovald, il se retira dans une île de la mer en attendant les événements " . Puis le duc Gontran [...] emporta avec lui en Auvergne une immense quantité d'argent, d'or et d'autres objets " , pris à Gondovald.

La seconde tentative de complot se trame deux ans plus tard, en 584. Gondovald se trouve à Avignon, avec le duc Mummole et le duc Didier. Arrivé en Limousin, dans " le village de Brive sur Corrèze, où Saint Martin, disciple dit-on, de notre Martin, repose, et là, placé sur un bouclier, il fut proclamé roi " . La mention de saint Martin, n'est évidemment pas innocente, Grégoire utilise l’influence de Martin, protecteur de la dynastie mérovingienne. Il fait intervenir la figure d’un disciple.

" Mais pendant le troisième tour (196) qu’on faisait avec lui, on rapporte qu’il tomba de telle sorte que ceux qui l’entouraient eurent de la peine à le soutenir de leurs mains " (197).

Le symbolisme d’une telle chute est un signe divin. C’est une annonce avant l’heure de la déchéance de ce prétendant, et également un jugement divin. Saint Martin, protecteur du lignage de Clovis ne veut pas de cette candidature. Gondovald n’a ni la bénédiction du protecteur de la royauté, ni de Dieu. Grégoire est l’interprète par la plume de ce jugement, d’autant que le recul nécessaire à l’élaboration de cet épisode lui était favorable. Le chapitre suivant fait état des événements extraordinaires se sont produits et " qui, selon mon opinion, annonçaient la mort violente dudit Gondovald " (198).

Dans son optique de prise du pouvoir, Gondovald recueille les serments de fidélité au nom de Childebert, dans les terres de Sigebert.

Il se fait jurer fidélité en son nom dans les aires détenues par Gontran et Chilpéric199. Ce fait prouve l’orientation du complot. Gondovald ne s’attaque qu’aux terres non contrôlées par Childebert. Gondovald est soutenu par les Grands de ce roi et les aristocrates aquitains.

Ce complot semble percé à jour lorsque Gondovald envoie au roi Gontran deux légats. Ceux-ci, imprudemment annoncent leurs requêtes avant d'en référer au dit roi. Ils sont attachés et avouent être envoyés pour recouvrir les terres dues à Gondovald. Soumis à une dure question, ils avouent les méfaits de Gondovald : l’exil de la fille de Chilpéric envoyée au roi wisigoth, et le vol des trésors destinés à la noce en Espagne.

Les clercs torturés annoncent que Gondovald " a été réclamé comme roi par tous les grands du roi Childebert, mais surtout c’est Gontran Boson qui l’avait invité à venir dans les Gaules quand il est allé à Constantinople il y a quelques années " (200).

Gontran avertit Childebert de ces choses, en l’enjoignant de se méfier de certains personnages, et à l’inverse d’accorder sa confiance aux personnes dignes de cette faveur. Plusieurs grands " du royaume de Childebert redoutèrent de se rendre à l’assemblée [convoquée par les rois] parce qu’ils étaient soupçonnés d’avoir participé à cette chose " .

Une armée est levée conjointement par Childebert et par Gontran contre le prétendant.

Se sachant en état d’insécurité, Gondovald et ses suivants décident de se réfugier à Saint Bertrand de Comminges, sur les bords de Garonne. Gondovald s’adresse à la population, sûr de lui et de ses alliés austrasiens, en ces termes : " sachez que j’ai été élu roi par tous ceux qui sont dans le royaume de Childebert et que j’ai avec moi des forces qui ne sont pas médiocres " (201).

Le siège de Comminges s’engage. Grégoire reproduit les paroles de Gondovald lorsqu’il est sommé de s’expliquer de ses agissements devant les gens qui l’accusent du bas des murailles : " n’es-tu pas le peintre qui du temps du roi Clotaire barbouillait dans les oratoires les mûrs et les voûtes ? ". La référence à l’impiété est mise en premier, pour insister sur le rejet du prétendu fils de roi par Dieu. C’est la méthode choisie par Grégoire de Tours pour contrer la logique élaborée par Gondovald.

" N’es-tu pas celui qui a été bien dès fois tonsuré et envoyé en exil par les rois de France à cause des prétentions que tu émets ? ".

Gondovald rétorque " Que Clotaire, mon père, m’a eu en aversion, c’est un fait qui n’est ignoré de personne ; que j’ai été tonsuré par lui et par mes frères, c’est aussi une chose évidente pour tout le monde [...] . au cours des années précédentes, lorsque Gontran Boson partit pour Constantinople, et que dans ma sollicitude, je m’enquérais avec diligence des affaires de mes frères, j’appris que notre génération était très réduite [...]. C'est alors que Gontran Boson, après m’avoir soigneusement exposé ces choses m’invita en ces termes : viens parce que tu es invité par tous les grands du roi Childebert et personne n’a osé rien articuler contre toi. Car, nous savons tous que tu es le fils de Clotaire et il n’est resté dans les Gaules personne qui puisse gouverner le royaume si tu n’arrives pas ".

" Reconnaissez donc maintenant que je suis roi tout comme mon frère Gontran ".

Les crises et les artifices militaires ne peuvent avoir d’effet contre les ouvrages polyorcétiques de la ville de Comminges (202). Les ducs dépêchés pour le siège comptent sur la trahison pour mettre fin à l’aventure de Gondovald. Des messages adressés en secret à Mummole parviennent à l’infléchir. Ainsi avec Chariulf, Waddon et l’évêque Sagittaire, ils décident d’abandonner Gondovald contre une promesse d’impunité.

Ayant passé la porte de la ville, pour se livrer à ses ennemis, Gondovald adresse cette supplique à Dieu : " juge éternel, et vrai vengeur des innocents, Dieu de qui toute justice procède, à qui le mensonge ne plaît pas, en qui ne réside aucune perfidie ni aucune fourberie méchante, je te recommande ma cause en te suppliant de me venger rapidement de ces gens qui m’ont livré, moi innocent, aux mains des ennemis ".

Gondovald est tué par le duc Boson, qui lui lance une pierre sur le crâne. Il est traîné attaché par les pieds dans le camp de l’armée. On lui arrache la barbe et les cheveux, et " on l’abandonna sans sépulture sur le lieu même où il avait été tué ". C’est par cette mort que s’achève la tentative de prise du pouvoir par Gondovald.

Grégoire de Tours traite ce passage de son œuvre avec son optique. L’échec de Gondovald est venu de l’opposition de Dieu.
MC
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