Qui sont les interlocuteurs du Métrologue dans l'entreprise et leurs attentes ?

dimanche 4 août 2013
Jean-Michel POU
Vice Président, AURA INDUSTRIE 4.0
Clermont-Fd, France
Le métrologue est souvent en charge de la gestion du parc d'instruments de mesure de l'entreprise. Il doit les recenser et assurer le suivi de leurs sacro-saints étalonnages/vérifications.
Mais sa mission se limite-t-elle à cette tâche ? Le métrologue n'est-il là que pour présenter des papiers et es étiquettes lors des audits (ah ! Voilà un premier interlocuteur : l'auditeur) ou sa mission est-elle plus large ?
La question est lancée, qu'en pensez vous ?
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Nicolas LEROUGE , Jean-Michel POU , Nuno DOS REIS , Romain DIDELOT , trouve trouvent cette discussion intéressante
vendredi 16 août 2013
Jean-Michel POU
Vice Président, AURA INDUSTRIE 4.0
Clermont-Fd, France
Dans l'article à paraitre en Septembre dans Contrôles Essais Mesures, l'une des "catégories" d'interlocuteurs du métrologue fait l'objet du texte suivant :

"Les auditeurs « Clients » et « Tierce-Partie » :

Les audits sont des moments importants pour l’entreprise. Il s’agit pour elle de démontrer qu’elle est digne de confiance. Or, la confiance est un élément parfois subjectif, elle dépend de la perception de chacun d’une situation donnée. Evidemment, elle peut s’appuyer sur des éléments factuels et les habitudes prennent ici toutes leurs importances, même si certaines ne sont pas si positives qu’elles ne le semblent. Il est normal (humain) de se sentir en confiance en milieu connu (la gestion périodique de vérifications métrologiques par rapport à des normes par exemple) et c’est pourquoi les évolutions, dans les pratiques, peuvent être difficiles. Pour inspirer confiance, il est impératif d’avoir soi-même confiance. Le métrologue doit donc d’abord se convaincre avant de convaincre. Une fois convaincu que sa mission ne doit pas se limiter à la simple vérification des instruments de mesure, le métrologue devra faire l’effort de se former pour comprendre et maitriser les outils à sa disposition (Evaluation des incertitudes, capabilité, comparaisons inter-laboratoire, optimisation des périodicités, mises en œuvre des surveillances, …). Une fois cette compétence acquise, l’épreuve redoutée des audits se transformera en un moment d’échanges productifs permettant (enfin) à chacun, auditeurs comme audités, de progresser. "

Mais il y a bien d 'autres interlocuteurs à satisfaire, lorsqu'on est métrologue ... La suite en Septembre, dans la revue, sauf si l'un d'entre vous souhaite réagir avant ?
vendredi 23 août 2013
Laurent Leblond
Statisticien, Groupe PSA
Choisel, France
Le monde merveilleux des contrôleurs et des contrôlés ! Avant, il y avait des responsables et des responsabilisés, jugés autant que possible sur des réalisations factuelles. Aujourd'hui, il y a " les mouches du coche", évalués sur leurs capacités à cocher des cases !

Ce n'est pas gentil ce que je dis, c'est également, sans doute, une caricature, mais, compte tenu des pratiques, je ne partage que très modérément l'idée que les audits démontrent quoi que ce soit (hors audits comptables et financiers et encore). Ils mettent le doigt, au mieux, sur des dysfonctionnements. Par contre, il est fort juste que pour inspirer confiance, il faut avoir confiance soi-même. De fait, le monde des "échanges productifs permettant à chacun, auditeurs comme audités, de progresser" ne marchera jamais, tout simplement parce que ce qu'attend un individu pour progresser, c'est quelqu'un qui partage (au quotidien) ses problèmes : la confiance se gagne à travers les réalisations communes. A part occuper des gens, une des raisons d'être des audits est de se substituer à la déficience des managements intermédiaires dont le rôle a depuis vingt ans été réduit au gardiennage.

Je ne doute pas que ces propos volontairement provocateurs vous donneront envie, à juste titre, de les modérer ...
dimanche 25 août 2013
Jean-Michel POU
Vice Président, AURA INDUSTRIE 4.0
Clermont-Fd, France
Bonjour Laurent, bonjour à tous !

Comme d'habitude, tu n'y vas pas par 4 chemins et c'est pour cela qu'on t'aime !
Si je partage ton analyse sur l'état (la finalité ?) de la certification, je suis plus optimiste, comme d'habitude, sur la possibilité de changer le cours des choses.

Concernant la certification, Bivi (Bibliothèque Virtuelle de l'AFNOR) a lancée le 20 Août une discussion sur le thème "La satisfaction clients n’est plus une priorité pour l'entreprise, pourquoi ? " dans le groupe "Management de la Qualité et des Systèmes". Emmanuel Badet, un contributeur que j'apprécie, en a profité pour lancer une autre discussion dans la même groupe, avec un simple "re" (réponse) devant. Il voulait partager une image ce qui l'a obligé à lancer une discussion (on ne peut pas lier d'images dans les posts). Pierre Maillard a également lancé une autre discussion avec un billet intéressant que je vous invite à lire (même groupe, même sujet). Ces discussions traitent de la "Qualité Normative" versus la "Qualité Opérationnelle". De mon coté, je retrouve les mêmes questions, les mêmes problèmes, les mêmes positions audités/auditeurs que dans l'idée que je défends personnellement et qui pourrait aussi se définir comme "Métrologie Opérationnelle" versus "Métrologie Normative".

Pour ce qui est du changement, qui m'est particulièrement cher, je suis, comme je l'ai écrit plus haut, plus optimiste que toi. Il me semble que l'idée est dans l'air du temps et les discussions évoquées ci-avant mettent de l'eau à mon moulin. Il me semble que le temps est à la compétition (pour la survie) et plus vraiment à "l'occupation des personnes" comme tu le caricatures un peu. La lecture du CD de l'ISO 9001 prévue pour 2015 me conforte dans cet espoir et puisque ce dernier fait vivre, je m'y accroche !!!!

Je vais laisser le temps à tout le monde de retrouver ses esprits après cette période estivale avant de décrire d'autres interlocuteurs. Ce n'est pas par hasard que j'ai choisi de lancer la discussion sur les interlocuteurs du métrologue avec les "auditeurs" (donc la Qualité) comme interlocuteur N°1 . Mais il y en a encore beaucoup à satisfaire et la prise de conscience de leur existence et surtout de leurs préoccupations permettront, je crois (j'espère), de prendre le chemin du changement.

Bonne soirée à tous, et bonne rentrée pour ceux qui reprennent demain !
jeudi 29 août 2013
Frédéric TISSOT
Responsable Qualite Environnement vs Automation, Parker hannifin mfg france sas
Nivillac, France
Bonsoir Jean-Michel,

Il est vrai que je me fais rare ces derniers temps et tu sais pourquoi !!!
Mais depuis que j'ai lu ton article sur la "Lean Métrologie", concept auquel je crois depuis longtemps, et vu l'ensemble de tes posts qui mériteraient une attention beaucoup plus large, j'ai décidé de sortir de ma tanière !!!!
Et là....Je dis halte. Je dis halte à la peur du gendarme, qui au demeurant n'en est pas un. Pour qui travaillons-nous ? Pour un auditeur ou pour un client ? L'auditeur a une démarche d'amélioration continue ; il permet, si tant est que l'on soit capable d'ouvrir les œillères, de proposer des pistes de progrès. Je suis placé pour le savoir !!!!
Mais là n'est pas la question de base. Quels sont les interlocuteurs du Métrologue ? Je serais prêt à dire..... Toute l'entreprise, Messieurs, dames. La Métrologie, si elle est intégrée comme un processus support à part entière, pilier transversal du système Qualité, ses interlocuteurs sont aussi multiple que la problématique de mesure apparaît. B.E., R&D, Marketing, Achat, Production, j'en passe et des meilleurs !!! Plus sérieusement, un Métrologue aware des pratiques de son entreprises sait qu'il faut épauler l'acheteur en charge de sélectionner un sous-traitant d'usinage afin de s'assurer de sa maîtrise de la mesure. Il sait qu'il doit guider le concepteur sur la faisabilité et la pertinence de sa cotation, au regard de la performance de ces processus de mesure et de ces process. Il doit accompagner la maintenance et la production afin de les convaincre de la nécessité de mettre sous surveillance les instruments embarqués dans les process de fabrication ou d'assemblage. Un étalonnage ne permet pas de détecter à temps de la dérive d'un instrument, il ne fait que constater les dégâts.
Je pourrais citer encore plus d'interlocuteurs, le temps m'en empêche, mais pour conclure, je dirais que le Métrologue a autant d'interlocuteurs que de risques identifiés à déclarer une conformité ou prendre une décision quant à la spécification du produit.
Notre rôle est de diffuser la culture de la mesure, d'aider l'entreprise à acquérir les bonnes pratiques lui permettant d'avoir confiance dans ses résultats de mesure. De persuader tout un chacun que bien mesurer permet de faire des économies sur l'outillage, d'améliorer les cadences d'usinage, de supprimer les gaspillages de double ou triple contrôle en interne qui coûte de l'argent et du temps. De maîtriser les paramètres machine afin de mieux surveiller les dérives du process...Etc, etc, etc.....
Je m'arrête là, sinon je fais un roman !!!!!!
Bonne soirée à toutes et à tous
vendredi 30 août 2013
Jean-Michel POU
Vice Président, AURA INDUSTRIE 4.0
Clermont-Fd, France
Merci Fred pour ce post enthousiasmé, et enthousiasmant !
Tu as raison, l'auditeur n'est pas un gendarme, ce n'est pas sa mission. Si d'aucuns se prenaient pour tel, il conviendrait de leurs rappeler qu'ils sont là pour s'assurer que le métrologue a compris sa mission et qu'il développe la compétence et les outils pour la mener à bien. Ils ne sont pas là pour dire comment il faut faire (même s'ils sont souvent influencés par ce qu'ils voient ailleurs et peuvent avoir cette tendance) mais si les exigences (normes ou clients) sont prises en compte, traitées et que les résultats sont bien là !
Et tu as raison aussi de lister tous les autres acteurs concernés par la Métrologie, bien plus importants d'ailleurs que l'auditeur car ils font le quotidien de l'entreprise pour la satisfaction du client.
Comme je l'ai écrit dans mon post du 16/08, C.E.M publiera dans les prochains jours son dernier numéro dans lequel vous trouverez le premier article d'une série de 10 que je co-écris avec Fred Authouard (membre du groupe et auteur du livre "La Métrologie, mas c'est très simple"). Dans cet article, on tente (mais pas uniquement) de lister les interlocuteurs et de décrire leurs attentes. Sans dévoiler cet article avant qu'il paraisse, ce que tu as écrit me donne envie de partager dès aujourd'hui avec le groupe ce que nous avons dit sur un interlocuteur particulièrement important :

La Direction de l’entreprise :

Lorsqu’elle est limitée à la gestion des vérifications métrologiques des instruments de mesure, la Métrologie est perçue comme un centre de coûts, indispensables mais improductifs. Le métrologue doit expliquer son métier à sa hiérarchie qui ne le connaît pas forcément. Mettre en avant les risques inhérents à l’inéluctable incertitude associée à chaque mesure et expliquer que le rôle du métrologue est de quantifier ces risques sont autant d’arguments qui lui permettront de revaloriser sa mission au sein de l’entreprise.


Bonne journée et bon Week end à tous
JMP
vendredi 30 août 2013
Jean-Michel POU
Vice Président, AURA INDUSTRIE 4.0
Clermont-Fd, France
Suite au post de Fred qui parle d'un article sur la Lean Métrologie, je pense qu'il évoque l'edito réalisé pour Bivi Métrologie de l'AFNOR en Juillet que tout le monde n'a peut être pas pu lire. Je vous joins un lien pour y accéder : https://docs.google.com/file/d/0B5UrYbRTkfCOQkp...
samedi 31 août 2013
Jean-Michel ,
Je suis tout a fait d'accord sur ta dernière vision du métrologue.
La métrologie ne doit pas être perçue comme en centre de coût indispensable mais improductif.
A nous de revaloriser notre mission comme tu dis.
Le service Métrologie doit être un support et un conseil pour les différents services de l'entreprise.
A nous de montrer ce que nous apportons .
Il faut faire changer les mentalités ... ce n'est pas toujours simple.
Bonne journée.
lundi 2 septembre 2013
Jean-Michel POU
Vice Président, AURA INDUSTRIE 4.0
Clermont-Fd, France
Bonjour Christine, bonjour à tous

Merci pour ce post !

Je sais combien il est difficile de faire comprendre la valeur ajoutée que la métrologie pourrait apporter à chaque acteur de l'entreprise pour au moins 2 raisons :

- Les audits ont souvent conduit les métrologues à entrer dans la seule vision "Etalonnage" car elle est simple à auditer. S'il est facile de vérifier que l'instrument a bien été étalonné, il est beaucoup plus compliqué de s'intéresser à la qualité des mesures qu'"il" produit, dans son contexte réel d'utilisation.

- La notion d'incertitude de mesure est loin d'être intégrée dans l'esprit des gens. J'avais présenté une conférence sur ce thème au XIème congrès de métrologie, en 2003, à Toulon. Vous trouverez cette conférence en suivant le lien https://docs.google.com/file/d/0B5UrYbRTkfCOY3h...

Dans l'esprit de "monsieur tout le monde", les mesures sont justes (Cf conférence) et les étalonnages sont compris comme étant le réglage de l'instrument pour qu'il mesure juste. Dans cette vision, le métrologue se charge des "réglages" (étalonnages) et voilà, c'est fini ! Que peut-il faire de plus ? Les entreprises ne paient pas des étalonnages pour connaitre des incertitudes de mesure, c'est contraire à "la logique" dont nous avons hérité avec la Métrologie Légale (qu'on doit saluer en revanche pour la sérénité qu'elle a apporté dans notre vie de tous les jours, dans le cadre des échanges commerciaux !).

Difficile donc dans ce contexte de faire comprendre la vraie mission qui devrait être la notre !

Néanmoins, il faut bien constater que cela ne fonctionne pas trop mal. La question qu'il convient donc de se poser est alors : Comment peut-on produire des "produits et services conformes" alors que tous ceux qui participent à leurs réalisations croient faussement que les mesures sont justes ?

Là est bien la question de l'avenir de la Métrologie, selon moi. Si les incertitudes de mesure, alors qu'elles existent indiscutablement (il suffit de faire l'expérience pour s'en convaincre!), n'ont pas besoin d'être connues/maitrisées pour réaliser, c'est probablement que les exigences exprimées (tolérances/spécifications) ne sont pas les vraies limites fonctionnelles (et ça, tout le monde le sait !).

La prise de conscience de l'existence des incertitudes de mesure devrait donc conduire à l'élargissement des tolérances et surement pas, comme on peut le voir parfois (Cf norme ISO 14253-1) à les diminuer, c'est un non-sens !

Des tolérances plus larges, c'est des coûts et des impacts écologiques plus faibles ... Voilà comment se dessine l'objectif que pourrait se donner la Métrologie de demain : Maitriser les mesures pour Produire moins cher, Polluer moins et Prélever moins de ressources naturelles. En une seule formule : Pour tendre vers le "juste nécessaire" !

Bonne semaine à tous et n'hésitez pas vous exprimer ! D'accord, pas d'accord, c'est ce qui fait avancer le débat ...