Polyvalence et polycompétence

samedi 29 septembre 2007
Radu Demetrescoux
Consultant Senior associé, AXIUM PERFORMANCE SAS (ex LEAN TRAINING SARL)
la Roche sur Yon, France
J’ai noté des remarques intéressantes sur la polyvalence, dans le cadre du débat sur la mise en place des équipes autonomes.

Les craintes émises à ce sujet me semblent pertinentes quand il s’agit de polycompétence, moins quand elles se réfèrent à la polyvalence. Je fais allusion à une certaine perte de compétence, par un effet de dilution.
En effet, on peut définir la polyvalence comme étant la capacité d’assurer des taches différentes mais comparables, dans le cadre d’une même activité, comme par exemple, être capable de tenir plusieurs postes différents sur une même ligne de montage. L’effet de cette évolution sur le personnel ne peut être que bénéfique, s’agissant d’atténuer le taylorisme pur, de donner une vue d’ensemble sur le produit, d’éviter la monotonie et la routine des taches parcellaires.
Faut-il craindre une diminution de la compétence pour chacune des taches accomplies ?
S’agissant de taches de même nature, ce risque, me semble-t-il, est limité.
Dans le « Lean », la durée idéale de formation pour une tache de type « assemblage » sur une ligne de montage automobile, par exemple, est inférieure à trois jours. Faute de quoi, nous avons des cycles longs, avec charge mentale importante et temps d’adaptation longs, ce qui freine la souplesse de l’ensemble. La pratique des compétences ainsi acquises n’est pas de nature à diluer celles précédemment maîtrisées, surtout si la rotation est fréquente, voir constante.

La situation est un peu différente avec la polycompétence, qui est définie, en général, dans le contexte industriel, comme étant la capacité d’assurer des activités dans des métiers périphériques à la production, comme la maintenance, la qualité, la logistique.
Prenons le cas d’un agent de maintenance qualifié en mécanique. Acquérir des compétences d’électricien (qui est un métier différent, et non pas une tache comparable dans le cadre d’une même activité), lui permettra d’assurer des fonctions d’électromécanicien.
On entend dire parfois qu’en électromécanicien est moins « pointu » qu’un mécanicien et respectivement un électricien, et ce n’est pas complètement faux. Nous avons là une dilution de compétence. Mais ceci est parfois utile. Dans l’industrie, tous les incidents et pannes ne sont pas d’un niveau de complexité très élevé, et c’est tant mieux ! Pourquoi ne pas favoriser la polycompétence pour traiter une majorité de pannes avec du personnel multi qualifié, de niveau moyen, et réserver les compétences « pointues » aux seuls cas où ils apportent une valeur ajoutée adéquate ?

Il y a un autre cas intéressant de polycompétence, à mon avis : la Maintenance Autonome, un des piliers de la TPM.
Il s’agit de confier aux opérateurs, moyennant formation, des taches de maintenance de « premier niveau » : inspections, graissages, petites interventions simples, etc.
Trois buts concomitants sont poursuivis :
- améliorer l’état de l’équipement par une détection précoce des anomalies et par des opérations standardisées de maintien à niveau
- renforcer la compétence des opérateurs, les faire évoluer et élargir la gamme de leurs interventions
- réserver les compétences de maintenance à des taches plus techniques

Comme vous le constatez, je cite un certain nombre d’avantages associés à la polyvalence et à la polycompétence, et à part une certaine dilution de compétence lors de l’application stricte de la définition de la polycompétence, pas beaucoup d’inconvénients.
Or, la vie nous apprend qu’il n’y a pas d’avantage sans inconvénient associé.
En effet, un des principaux inconvénients de tout ce qui vient d’être dit, est que les systèmes qui fonctionnent dans ces conditions sont nécessairement évolutifs, dynamiques et plus compliqués à gérer.
En d’autres termes, c’est la vie des managers qui se complique, car ils doivent gérer des situations plus complexes, des populations plus exigeantes et plus autonomes.
A eux de trouver les compromis acceptables.
Mais cela correspond mieux aux contraintes du système concurrentiel actuel, dans un monde ouvert et une économie globale.
Et cela donne des chances accrues d’améliorer les performances de nos entreprises, tout en offrant à chacun un travail plus enrichissant.

Amicalement,

Radu
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Benoit ADAM , Nawel Hadjeras , Nicolas FOURMONT trouve trouvent cette discussion intéressante
dimanche 30 mars 2014
Bonjour,

Je suis étudiante en Master 2, Manager des Ressources Humaines et mon mémoire porte sur le thème de la polyvalence. Voici ma problématique : En quoi la mise en place de la polyvalence professionnelle contribue-t-elle à la performance de l’entreprise et améliore-t-elle les conditions de travail des salariés ?
Ayant lu votre article, j'aurai fortement aimé échanger avec vous à ce sujet afin d'élargir ma pensée et m'apporter d'autres pistes de réflexion et également vous proposer de répondre à mon benchmarck.
Je suis dans une entreprise industrielle et je souhaite développer la polyvalence professionnelle des salariés en production, supply chain et logistique (30 salariés qui travail en équipe).

Merci pour votre retour.

christelle-coro@hotmail.com