LE CHEMIN DE LA RECONVERSION

samedi 13 juillet 2013
Thierry LEFEBVRE
ANIMATEUR DE CONGRES + RECRUTEUR CONSULTANT RH
Saint-Just, France
« La grandeur est un chemin vers quelque chose qu'on ne connaît pas. » [Charles de Gaulle]
La reconversion aussi.

Toi qui es en reconversion, dis-toi que tu es en chemin.

Ce chemin, à quoi sert-il ?
Il est là pour t'emmener plus loin et ailleurs. Plus loin dans ta vie. Ailleurs que là où tu es. Il s'agit que tu découvres autre chose ; à commencer par toi, un toi futur qui a toutes les raisons de valoir celui d'hier. Un toi à venir qui a de l’avenir. Accepte ce devenir comme une aubaine, comme la voie du changement. Un autre univers s’ouvre à toi. Avec toi en son milieu. De fait, sorti de l’armée, il te faut maintenant entrer dans une vie nouvelle et changeante. Un chemin dans un chemin en quelque sort telle une quête de soi.

En attendant, tu n'es pas arrêté.
Même si tu piétines sur place, ignorant quelle direction suivre. Alors que tu vas et viens, tu ne tournes pas en rond. Le funeste ne serait-il pas qu'il n'ait aucun sens ? Certes ce n’est pas une promenade de santé, mais ce n’est pas non plus le hall des pas perdus. Car tu bouges. Tu te bouges. Tu avances. Tu avances malgré tout ; vers un tu ne sais quoi, peut-être, mais ce je ne sais quoi t'attend. Le fait de ne pas savoir ce qu'il sera ne l'empêche pas d'être. Au moins à l'état de projet. Un dessein que tu modifieras encore.

En effet, à quoi croyais-tu ?
A une course d’orientation où tu n’aurais qu’à trottiner de balises en balises ? Avec une ligne d’arrivée fléchée. Non, il n’y a rien de tracé. Pas de plan préétabli. Pas de GPS. Ni de signalisation, de repères. Loin d’être d’état-major, les cartes sont fausses. Il n’y a pas de boulevard où se diriger tout droit. Ni d’avenue où défiler sous un arc de triomphe. Ne monte pas sur tes grands chevaux ; il n’y a pas non plus d’allées cavalières. Ou du moins, ce n’est pas si simple. De toute façon, les autoroutes ne servent qu’à aller plus loin nulle part, alors que les parcours sinueux sont ceux qui atteignent les sommets.

Ce n’est pas pour autant le parcours du combattant.
Chaque homme doit inventer son chemin. Un peu comme la vie qui toujours trouve le sien. Il peut s’inspirer des sentiers créés. Il peut se laisser piloter. Mais au final il faut qu’il ait creusé son propre sillon. Suivre sa voie, c’est cela laisser une trace. Ici-bas, tout le monde cherche son chemin. En tout cas, délaisse le plus souvent les grandes routes ; les portes des maisons sont fermées. Ou trop souvent franchies. Explore plutôt les layons.

Qu’est-ce qui, en chemin, t’empêche d’admirer ce qui t’entoures
tandis que tu arpentes le bitume. Sache poser ton sac sur le bas-côté. Promène-toi sur le chemin des écoliers. Ballade-toi dans ceux de traverse, sous la charmille. Flâne, traine, musarde. Profite de la halte. Bascule la tête en arrière. Contemple le ciel entre les branches. Respire. Reprends ton souffle. Que ta pause soit salutaire. Tu as le droit aux beaux jours. Qui trop se hâte se plante. Puis repars.

Repars plus fort. Relance-toi du pas ferme et tranquille du montagnard.
Assuré que là où il y a une volonté, il y a une perspective. Comme si, en vérité, le chemin importe guère, l’opiniâtreté d'arriver suffisant à tout. Précisément ne t’inquiète pas, en quelques minutes, on peut faire beaucoup plus de distance qu’en certaines heures. La marche est ce qu’il y a de plus humain en l’homme ! Renoue avec ton rythme fondamental, court ou long suivant le dénivelé, qui anime ton pas, par ton pas qui pulse comme le cœur dans ta poitrine.

Maintiens ton allure, poursuis ton axe, tu progresses, résolument.
Le poète Machado l’a écrit : « Et quand tu regardes en arrière / Tu vois le sentier que jamais / Tu ne dois à nouveau fouler. » Pour autant, cela ne t'éloigne pas de ton point départ. Même s'il ne clôt pas une boucle sur lui-même, tu n’oublieras jamais d’où tu viens. Tu ne peux désapprendre que qui ne sait par où il est venu ne sait par où s’en aller. Néanmoins, il y aura des hauts et des bas, des monts et des vals, des bosses et des creux. Ne te décourage point ni sous la pluie ni dans le froid. L’humidité du thalweg, tu connais. Les infiltrations-exfiltrations nocturnes aussi. Dans l’obscurité de la lune, tes rêves éclaireront la chaussée. Nul ne peut rejoindre l'aube sans se faufiler par la rocade de la nuit.

Car comme tout chemin, ta reconversion te mène quelque part.
Ce chemin a un terme, une destination qui est ton étoile ; il n'est pas une fin en soi. Il n'est pas une impasse. Il relie d'où tu viens à là où tu vas. Il le relie à la manière d'un trait d'union, d'un pont. Aussi te faut-il le traverser comme on enjambe un aqueduc. Songe au Golden Gate, à celui de Brooklyn, au Viaduc de Millau… Oui, marche et rêve. De l'autre côté, une autre rive s'étend.

Mets-y de la bonne humeur, elle le raccourcira. Rire éloigne les noirs confins.
« La marche, c’est le pied ! » parole de biffin… Va en confiance. Il t'est utile. Prends soin des accès qu'il t'offre. Ne juge pas sévèrement les trouées qui se présentent. Les carrefours sont autant de possibles offerts à ta liberté de t'y engager ou non. S’il faut te perdre, perds-toi, tu apprendras beaucoup de ces errances. Pour frayer un sentier nouveau, il faut parfois s'égarer. On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu'on prend pour l'éviter. Cependant méfiance, si un chemin peut conduire en haut de la montagne, il exige un regard attentif au ravin qui le borde.

Qui vise le sommet l’attaque par la base.
Ne désespère pas parce que tu n'en vois pas les limites. Il y a une sortie, forcément. L’horizon qui recule à l’infini n’en demeure pas moins un but à atteindre. Cette lumière t’aveuglera au moment où tu t’y attends le moins ; elle te prendra dans son faisceau par surprise. Ou bien tu iras vers elle pour l’avoir longtemps entrevue. Ronces et roches débouchent sur une clairière.

En fait, ce qui importe est que sous tes pas, il y ait quelque chose dans lequel tu crois.
Un quelque chose que tu paves de bonnes intentions et de justes espérances. Il ne tient qu’à toi qu’il soit sente fleurie plutôt que raid commando, chemin de Compostelle plutôt que GR 20. C’est tout sauf un chemin de croix. Tu ne t’aventures pas non plus sur une corde raide au-dessus d’un canyon. Tu ne te presses pas sur du rien qui se déroberait. Même si ce n'est pas toujours du dur, ce n'est pas du vide. C’est un quelque chose par lequel d'autres avant toi ont circulé et qu'à ta suite d'autres emprunteront.

Tous ces gens que tu croises sont des compagnons de route, un peu pèlerins également.
Le voyage aussi se partage. Accomplissez une partie du trajet ensemble ; la peine se divise, la joie se multiplie. Apprends à leur contact : pour connaître le chemin, interroge celui qui en vient. Si tu en vois certains trébucher, consulte-les : celui dont le pied a glissé a éprouvé la chaussée. Ce n’est pas hors du monde que nous nous apprécions : c’est sur la route, au cœur d’une foule, chose parmi les choses, homme parmi les hommes. Telle est la vocation d’implic’action.

Ce quelque chose, ce chemin est différent pour chacun.
Il ne serait être un rail unique, au risque d'être une voie de garage. Loin d’être un cul de sac, il ressemble à une piste en lacets. Après tout, la terre étant ronde, pour y bien rouler il faut des courbes, des tournants, des virages. Et que dire du monde entrepreneurial...

Mais ne le crois pas extérieur à toi.
Ce chemin part de ce que tu es. Il sort de toi. Littéralement. Et tous les filins de ton passé vont se changer en haubans pour le porter. Il débute au moment même où tu l'envisages. Il s’élance dès que tu es définitivement sorti du quartier militaire. C'est comme si tu le sécrétais toi-même. Prolongement de ton parcours effectué, il s’érige au fur et à mesure que tu poses un pied (dans le civil). C'est sous ta semelle qu'il se bâtit. Tu ne peux voyager sur un chemin sans être toi-même le chemin. Sois confiant !

Le chemin de la réussite s’édifie en permanence « chemin faisant ».
D'abord branlant et précaire, chaque pensée liée à te reconvertir le solidifie. Il est fait de tes réflexions, petits cailloux blancs que tu sèmes, fut-ce au hasard, pour comprendre où tu vas. Ainsi, tout ce à quoi tu penses, tout ce que tu fais ou dis participe à sa construction.

Ce n'est pas le chemin qui est difficile, c'est le difficile qui est le chemin.
Alors, ne te désespère jamais ! Tu peux juger long le temps qui passe. C'est logique ; il est des chantiers lents. Et il n’est ni de court ni de plat chemin. Ne deviens pas semblable à ceux qui lors des crapahutes demandaient : l’arrivée, c’est encore loin ? L’issue est là devant toi pour t'aider à continuer. Lueur au bout du tunnel, c'est enthousiasmant, non ? Encore une fois, pour interminable et tortueuse que soit la route, elle conduit toujours en un lieu habité. Chaque pas dans le désert rapproche du puits.

Comment se reconvertir serait-il vain ?
C'est une chance de mener à autre chose, de connaitre quelques peines, beaucoup de joies. Rien qu'en elle-même, la reconversion donne un sens à l'existence. Or jamais ce sens ne s'impose. Il oblige à marcher. C’est tant mieux. Car c'est à pied que le chemin se fait. Ce mouvement salutaire, ce voyage vers l’essentiel s'appelle la vie.
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Olivier FAUVELET , Eva Terron , Christelle Iwa , Xavier MERCAN , Sylvain Bettinelli trouve trouvent cette discussion intéressante