Valérie BAROTH
Conseil en Droit et Assurance de la Construction, Master Coach certifiée
NANCY, France Lors de notre dernier atelier,co-animé avec Christian nous avons expérimenté ce qui peut tout naturellement nous mener à ce jeu psychologique, à ces trois comportements.
A partir de l’histoire vécue et racontée d’un conflit né dans un bus entre le chauffeur et une passagère qui voulait subitement descendre, paniquée par le risque de manquer son train, nous avons pu constater combien, aussi nombreux que nous étions, chacun a recherché des causes à ce conflit. Pour les uns, le chauffeur frappé était une victime, pour les autres, c’était la passagère, que le chauffeur avait provoquée.
Les uns ont donné raison au chauffeur, les autres à la passagère, spontanément, c’est le coupable qui a été recherché. Force est de constater que si nous avions été dans ce bus, cette recherche n’aurait pas permis à cette dame d’attraper son train…
Nous avons donc découvert, que dans la résolution d’un conflit humain, l’important n’est pas de trouver la cause, le coupable, car chacun, Victime ou Bourreau est acteur, à son bout de la relation, de la dégradation de la relation.
Pendant que nous débattions, un participant a été ligoté par les mains, sans qu’aucune réaction ne se produise, ni de sa part, ni de la part de l’assistance.
Au bout d’un long moment, la remarque en a été faite à tous, ce qui a donné naissance à de multiples explications rationnelles, logiques destinées à justifier la passivité et donc…la complicité avec le Bourreau.
Un lien a pu être fait avec un Atelier précédent sur l’expérience de MILGRAM.
Il en est ressorti globalement, une soumission à l’autorité (morale, uniquement…) que représentait l’animateur. « Il devait avoir ses raisons »
Puis, une participante, se sentant désormais autorisée à être Sauveur s’est levée, pour délivrer la Victime et s’est spontanément attaquée (pour rire…) au Bourreau pour l’attacher.
Et nous avons donc expérimenté comment, dans le jeu psychologique du triangle de KARPMAN Bourreau –Victime – Sauveur, les comportements peuvent évoluer très rapidement, et un Sauveur, devenir un Bourreau.
Alors, comment sortir de ce triangle infernal ?
Tout d’abord, en s’exerçant à le détecter.
Si dans une relation, l’un des protagonistes prend le dessus sur l’autre, si l’un se sent bien et l’autre se sent mal, c’est qu’ils sont entrés dans ce jeu psychologique
Fréquemment le Bourreau cherche à culpabiliser, dénigrer… sa Victime, il la met dans des situations paradoxales où ses ordres sont impossibles à exécuter…
Mais pour qu’il réussisse son entreprise de sape, encore faut-il que la Victime acquiesce, pense (consciemment ou non) qu’il a raison. « qui ne dit mot consent »
Notre Victime ligotée, nous a expliqué, qu’elle a pensé immédiatement avoir commis une faute dans ses interventions, elle a pensé qu’elle était naturellement punie et que les mains ligotées signifiaient pour elle, ne plus avoir le droit de parler. Stupéfiant, non ? Et cette personne était parfaitement équilibrée.
Alors, s’il y a jeu psychologique, c’est que tous les rôles sont pourvus : Victime, Bourreau et Sauveur.
Donc, pour ne pas rester dans le rôle d’une Victime trop longtemps, quand cela nous arrive, il est important de « muscler » son estime de soi, pour oser s’affirmer (sans s’imposer, comme nous l’avons déjà vu –cf mon article « Comment dire NON ».- ).
S’affirmer, c’est aussi reconnaître l’autre dans ce qu’il ressent et le lui dire. Ainsi, chacun est légitime dans ce qu’il affirme et la coopération peut démarrer, dans la recherche des points d’accord.
Il en est de même pour celui, dont le comportement le plus souvent adopté est celui du Bourreau, car même s’il permet éventuellement de dominer, il ne rend pas forcément serein. Ce comportement résulte de la peur d’être dépassé, du manque de confiance en soi…
Alors, en prévention, musclons et assouplissons! Nous comprenons tous qu’un corps bien entretenu, des muscles travaillés, souples et puissants nous permettent, en cas de coup dur, de mieux résister, à la maladie, aux accidents, de mieux nous rétablir quand malgré tout il est atteint.
Il en est de même pour notre état psychologique.
Nous éprouverons ainsi moins le besoin :
- d’asservir l’autre ou
- de nous plaindre éternellement d’être victime (des autres, de la société…) ou
- de vouloir sauver le monde (quitte à nous transformer en Bourreau pour cela)
Nous endossons tous un de ces trois rôles par prédilection, en fonction de la vision que nous avons construite du monde, et de nous-même, de par ce que nous avons vécu et ressenti étant enfant. Et il n’y a pas un rôle plus noble qu’un autre.
En tant qu’Adulte, il nous appartient de détecter la nature de notre comportement, de l’analyser et d’agir pour sortir de ce rôle systématique.
Etre responsable, c’est considérer la situation relationnelle, en prendre conscience, sans en chercher la cause, le coupable, et faire en sorte de la dénouer en sortant du rôle, pour coopérer au lieu de s’affronter.
En cherchant la cause, nous subissons,
en construisant la solution, nous agissons !