DSK IS BACK

mardi 29 avril 2014
Michel Redondo
Entrepreneur et Essayiste
Bordeaux, France
Décidément les socialistes sont accros au capitalisme pur et dur. Cette fois, il ne s’agit plus de cadeau aux entreprises, mais de spéculation financière.
DSK vient de discrètement lancer un fond d’investissement, comprenez un hedge fund, basé comme il se doit au Luxembourg. Des hedge funds il y en a beaucoup, des petits et des gros. Il ambitionne bien sûr de devenir gros, et compte lever très rapidement 2 milliards USD pour commencer…

Un hedge fund, c’est quoi ? Il y en a de plusieurs sortes, entendez par là utilisant plusieurs techniques (arbitrage, spread, global macro, market neutral, distressed securities, opportunistic, market timing…), des barbarismes Anglo-Saxons pour indiquer que c’est très technique. Mais tous fonctionnent en utilisant des produits dérivés et un fort effet de levier par endettement. Le but : battre le marché, gagner à la hausse comme à la baisse, mais aussi pour certains (sensiblement les moins performants en général) dégager un profit en ayant évacué le risque.
A la question « est-ce que ça marche ? », il est difficile de répondre globalement. Certains ont des performances exceptionnelles même dans la durée, d’autres explosent en vol après une période faste, d’autres encore ne décollent jamais. Univers très disparate donc et de surcroit très opaque : les performances sont confidentielles, les souscriptions très sélectives.

Les grands manitous qui pilotent ces engins, en tout cas les plus réputés, sont traditionnellement des stars du trading tels Paul Tudor Jones, Georges Soros, ou encore Alan Howard. Mais entrent aussi peu à peu dans le business des personnages plus « publics » comme des ex-secrétaires au trésor US ou des ex-FED chairman, voire même des anciens présidents. Pas étonnant, les relations ça peut toujours servir…

Donc notre DSK national rentre dans la course. Pas forcément logique disent certains, c’est certes un économiste reconnu, mais pas un homme de marché, pas un trader. Que connait-il aux « swaps », aux « credit derivatives », aux « options sur futures », aux stratégies en « gamma négatif » ? A-t-il le sens du timing, du « money management » ? Sait-il résister au stress d’une position ?
Manifestement ça n’est pas le problème. Dans la lignée des hommes politiques américains, il donne l’impression de compter plus sur son entregent international que sur ses compétences techniques. Il faut dire qu’il est bien placé pour ça. Après son séjour à la tête du FMI (une excellente carte de visite auprès des banquiers centraux et autres décideurs politiques), il a parcouru le monde pour conseiller divers gouvernements (Serbie, Soudan) ou diverses grandes entreprises dans des pays émergents. C’est pourquoi il envisage d’ailleurs d’intervenir sur tous pays et tous types de marchés, sans doute à l’affut de toute indiscrétion exploitable.

Mais dans ce cas, que fait-on des « chinese walls », ces fameuses barrières qui sont censées garantir la confidentialité et donc l’équité sur les marchés. L’égalité d’information, la transparence, sont les principes de base du fonctionnement des marchés financiers. Y déroger, c’est fausser la règle du jeu, c’est se rendre coupable de délit d’initié. Mais peut être que le délit ne vaut que pour les petits joueurs, peut être que dès lors qu’il s’agit d’une banque ou d’un grand fonds d’investissement, on parle alors de professionnalisme, d’intuition aiguisée, de maîtrise…
Les performances et méthodes de ces influents fonds fermés, gérés et souscrits par les puissants de ce monde suscitent bien des interrogations. Ce n’est pas l’arrivée de DSK dans ce milieu qui va aider à dissiper les doutes. La théorie nous dit qu’on ne peut pas battre un marché efficient, ces gens-là prétendent le faire ! doit-on s’en réjouir ?
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