L'exploration de gaz de schiste en Ariège a commencé depuis 2007

vendredi 25 février 2011
Il s’agit d’une autorisation passée largement inaperçue depuis maintenant 5 ans, récemment révélée par Mediapart.

Pourtant, avec ce «permis de Foix», dès 2006 l’Etat a autorisé par arrêté ministériel une société canadienne (Encana France) à explorer les sous-sols ariégeois en vue d’une éventuelle exploitation du gaz de schiste.

En 2010, cette autorisation a été prolongée jusqu’en 2014.

Dans ce permis accordé à Encana France, la Haute-Garonne, les Hautes-Pyrénées, l’Aude et l’Ariège (représentant 1/3 de la zone d’exploitation) sont concernés.

Dans le département de l'Ariège, la zone suit le Plantaurel, délimitée à l’ouest par le Salat et l’Arize, convergeant sur Foix, et englobant les Monts d’Olmes.

A l’époque, ce permis d’exploitation n’est pas accordé après appel d’offres mais suite à une candidature spontanée avec dépôt de dossier.

La société Encana obtient alors un laissez-passer exclusif pour la recherche d’hydrocarbures liquides et gazeux (pour 4 ans) pour un engagement de dépense minimum de 15,2 M€.

Et si ce permis d’exploration a été renouvelé, c’est cette fois au profit de la société «Vermillion Pyrénées SAS» (sachant qu’un permis peut être prolongé à deux reprises, à chaque fois de 5 ans au plus, mais avec une réduction de moitié de la surface. Ensuite, si la société juge ses résultats probants, elle peut demander une concession d’exploitation)*.

Les forages déjà effectués seraient les «premières prospections réalisées en France pour ce type de forage profond» selon François Calvet (conseiller régional Europe Ecologie) qui explique que «déjà deux sites, l’un à Mérigon (Ariège) et l’autre à Franqueville (Haute-Garonne) ont été prospectés» ajoutant que «deux autres sites devraient être prochainement explorés au Mas d’Azil en Ariège et à Proupiary en Haute-Garonne»

Mais problème pour l'élu régional, il n’y a eu aucune concertation, ni avec les habitants, ni avec les élus locaux.

Pourtant, la méthode employée (la fracturation hydraulique) est loin de faire l’unanimité (voir encadré ci-dessous).

Et beaucoup dénoncent aujourd’hui ce qui ressemble à une «démocratie du fait accompli»

D’où le courrier qui vient d’être envoyé par Martin Malvy (président du Conseil Régional Midi-Pyrénées) aux ministres concernés (Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie et Eric Besson, ministre de l’Industrie et de l’Energie).

Il leur demande «au titre du principe de précaution inscrit dans la Constitution française, l’abrogation des permis adoptés et l’arrêt de l’instruction de ceux en cours», compte tenu de «l’absence d’information scientifique fiable sur la nature et la gravité des impacts et des risques environnementaux ainsi que sur les mesures compensatoires prévues le cas échéant»

La recherche de gaz n’est pas nouvelle sur le territoire. Et la liste d’anciens puits d’exploration est longue.

Des recherches ont par exemple déjà eu lieu à Pailhès en 1984 sans révéler aucun indice, pas d’indice non plus au Mas d’Azil en 1963. Autre exemple à Dreuilhe en 1953 où du gaz en condensation est découvert.

Quant aux résultats de ces dernières explorations, rien de concret pour le moment.

Dans un rapport, on peut d’ailleurs lire que le directeur d’Encana Mario Savard a jugé dès 2007 la probabilité de trouver du gaz assez faible, «entre 12 et 15%»

Alors pourquoi chercher? et pourquoi ces sociétés sont elles aujourd’hui attirées par la Région?

Le principal coût pour l’exploitation de gaz naturel est son transport. Et le coût d’acheminement est en général ce qui limite le développement des exploitations.

Il faut savoir que l’atout principal du «permis de Foix» pour les grandes compagnies est sa proximité avec un réseau de gazoduc.

Sachant que le réseau de transport et de stockage gazier dans le sud-ouest de la France est géré par Total.

Voila pourquoi (couplé à l’augmentation du prix des hydrocarbures) des gisements longtemps dédaignés semblent de nouveau attirer la convoitise.

*en France, les substances contenues dans le sous-sol appartiennent à l’Etat. Et selon les dispositions du code minier, le gouvernement peut concéder aux compagnies le droit d’explorer et de produire des hydrocarbures. En contrepartie, l’Etat perçoit une redevance proportionnelle à la production. Il y a aussi des redevances communale et départementales pour les mines.


La «fracturation hydraulique», une technique controversée

Dans ce dossier, l’Etat est en première ligne. On l’accuse d’un manque de transparence et de concertation. Mais pas seulement.

C’est la méthode employée venue des Etats-Unis (la «fracturation hydraulique») qui pose problème.

Outre-Atlantique, certains films «à la Michael Moore» dénoncent déjà les conséquences de cette «ruée vers le gaz»

Dans les méthodes plus conventionnelles, on sortait les hydrocarbures d’une «poche» sous terre (délimitée par une surcouche sédimentaire ayant constitué une sorte de piège).

Mais avec ces gisements de gaz non conventionnels, il faut sortir des gaz diffus de la roche. D’où l’utilisation de la fracturation hydraulique.

A 2000 mètres (voire 3000 ou 4000 mètres de profondeur), elle permet d’extraire les gaz de schiste disséminés dans la roche par des forages horizontaux qui fracturent la roche en injectant d’énormes quantités d’eau, de sable et de produits chimiques.

Plus exactement des substances polymériques complexes contenant de multiples additifs.

Cette technique s’est répandue dans les années 50 pour augmenter la productivité. Et si elle inquiète, c’est parce qu’il y aurait un fort risque de contamination des nappes phréatiques.

Source : actualites Ariege
auteur: Anne-Sophie Terral
http://www.ariegenews.com/news29657.html
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