Emile Alcoolique
L'alcool pour les nuls
Cela commence en douceur, sournoisement : un demi ici, un apéro là, les repas avec apéritif, vin et digestif. Avec les transports, le harcèlement moral au travail, le stress quotidien, on se détend, le soir, avec un whisky ou deux, ou plus.
Les voyages d’affaires : pressions, isolement, dangers, responsabilités : frais professionnels réels, le minibar dans la chambre d’hôtel, l’alcool gratuit à volonté dans les avions.
Les repas d’affaires aussi : « - Vous prendrez bien un apéritif, Monsieur ? - Oui, un Perrier rondelle (tête du gars) - Et en mangeant ? - De l’eau plate. - Moi, je prendrai une demi-bouteille de Bourgogne (souvent complétée). - Et le digestif ? Rien ? Ah bon ! - Vous savez, moi, je ne bois que lors des repas d’affaires ». Puis le type monte dans sa limousine ; un cagnard à tout casser ; il cherche ses lunettes de soleil dans le vide-poches. Voilà qu’en tombe une bouteille de Vodka, à moitié vide ou à moitié pleine, c’est selon.
Non, le type ne boit "pas plus que la moyenne". Le DENI !
Et puis un jour, la tremblote, des angoisses, le matin.
À voix basse, il dit à son toubib : « vous ne pensez pas que je bois un peu trop ? » Le médecin, qui a évidemment séché les trois jours de séminaire d’alcoologie en sept ans d’études : « Vous n’avez qu’à réduire de moitié ! ». IDIOT.
Perplexe, il demande une analyse sanguine : gros globules (Volume Globulaire Moyen - VGM) et Gamma GT (enzyme traduisant un "malaise" du foie).
Le médecin : « Ce sont vos gros globules qui vous donnent des angoisses. Et de prescrire le dernier anxiolytique "à la mode", garanti sans addiction. « Vos Gamma GT sont dus à une mauvaise assimilation par votre foie des antalgiques que je vous prescris par ailleurs ». FOUTAISES !
Les angoisses du matin sont dues au pré "delirium tremens" (DT), qui, contrairement aux idées reçues, n’est pas dû à un excès, mais à un manque d’alcool (l’excès se traduit par le coma éthylique). Le DT peut provoquer des hallucinations, des crises d’épilepsie, des arrêts cardiaques, des tentatives de suicide réussies ...
Un homme de 80 kg qui absorbe 2 doubles whiskies (16 cl),le soir s’endort avec une alcoolémie d’environ 2,3 g/l. Après 7 heures de mauvais sommeil, il se réveille avec encore 0,5 à 1,8 g/l. Pour une femme, il faut presque doubler les chiffres. Pas en état de prendre la route. La personne est en DT : elle compense en prenant ses anxiolytiques, au volant, le matin sur l’autoroute. Elle devient aussi pharmacodépendante, manipule les médecins pour en avoir plus, toujours plus.
Un jour, elle se rend compte qu’en buvant un ou deux verres dès le matin, elle a plus de facilité à trouver le trou de la serrure de sa porte.
Le nombre annuel de décès dus à l'alcool en France est de 25 à 60.000. Cette imprécision est en partie due à la rapidité des certificats de décès mais aussi à des facteurs plus complexes : pathologies liées (cirrhose, cancers du foie ou du pancréas, maladies cardiovasculaires), accidents de la circulation ou du travail, suicides, crimes ...
Aussi aux effets du DT au volant ou non, alors que l’alcoolémie peut être nulle.
L’alcoolisme est officiellement reconnu comme une maladie par l’organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 60 ans et par la sécurité sociale depuis 50.
Des tabous subsistent : vous avez la volonté réelle de vous faire soigner, cherchez donc un médecin "alcoologue" dans les pages jaunes ! Vous trouverez des généralistes à orientations diverses, (homéopathie, acupuncture, ostéopathie, poterie thérapeutique, etc.), des spécialistes en tous genres. MAIS D'ALCOOLOGUE POINT ! Ce n’est pas une spécialité ! PERSONNE NE VEUT LE SAVOIR ! TOUT LE MONDE S'EN FOUT ! Tout le monde vous abandonne. Pour savoir où se faire soigner, il faut déjà être dans le circuit.
On présente à la TV des émissions convenues avec des modèles de rémissions. On fait quelques films à l’avenant, le plus souvent à la gloire des Alcooliques Anonymes, qui ne sont qu’une solution parmi d’autres.
Quand vous êtes dedans, ce n’est ni un vice ni un plaisir : c’est une souffrance !
VOUS ÊTES SEUL !
2009 - 2009D'après le roman d'Hervé Chabalier (2004, Ed. Robert Laffont), patron de l'agence CAPA. Avec François Cluzet, Mélanie Thierry, Michel Vuillermoz. Récit d'une rémission. Une apologie des Alcooliques Anonymes.
2006 - 2009Plus de 2 g/l, délit, correctionnellle. 10 mois de retrait initial ; obligation de soins.
2000 - 2004L'abstinece porte bien son nom : c'est plus une contrainte qu'un réel plaisir.
1998 - 2000Après, commence la période noire. Tout se détraque : perte d'emploi, des relations sociales, des amis, destrucuration de vie. Divorce. On boit seul sur son divan, du matin au soir et du soir au matin.
1996 - 1998Les emmerdements commencent : licenciement, rupture affective et sociale.
1994 - 1996Au début, c'est la période "rose". L'alcool est une gentille fiancée qui semble vous aider en tout. C'est un exccellent anxyolithique qui vous fait voir la vie en rose.
1992 - 1994L'alcool est une douce complice, un plaisir : festif, convivial, joyeux, une détente, une activité mondaine.
1986 - 1986Avec Christophe Malavoy, Jane Birkin, Jean-Louis Trintignan. Un film sur l'alcoolisme dans le milieu artistique d'élite. Une hstoire facile de rémission. Aplogie des Alcooloiques Anonymes. Très bon début avec la scène du minibar de l'hôtel.
1986 - 1986Avec Meg Ryan et Andy Garcia. Un film sur l'alcoolisme féminin dans la middle class américaine. Récit d'une rémission. Apologie des Alcooliques Anonymes.
1984 - 1984Avec Mickey Rourke et Faye Dunaway. Un vrai film sur l'alcool pratiqué. Noir à souhait. Pas une histoire lénifiante et sentimentaliste de rémission.
1970 - 1970Avec Bourvil (dans un rôle sérieux, le seul de sa carrière), Alain Delon, Yves Montand, Gian Maria Volonte. Pas vraiment un film "sur l'alcool" mais sur le grand banditisme. Très belle scène h'allucinations au cours d'une crise de delirium tremens, jouée par Yves Montand.
1956 - 1956Avec Maria Schell, François Périer, Suzy Delair, Armand Mestral. D'après "l'assommoir", d'Emile Zola. Au temps de la réurbanisation de Paris par Eugène Haussmann, sous le second empire. Un couvreur est obligé de boire avant de "monter"à 20 m (hauteur normalisée). Une scène épique de délirium tremens, jouée par François Périer. La descente aux enfres d'un couple à cause de l'alcool.