Le vin, un secteur qui marie traditions et innovations

Quand on pense vin, on pense traditions et terroir. Et pourtant, conserver ses qualités historiques n’empêche pas le secteur de se tourner aussi vers l’avenir, avec de nombreuses start-ups proposant des innovations intéressantes pour les consommateurs, producteurs et distributeurs. L’arrivée du Beaujolais Nouveau a été l’occasion pour l’émission French Talents d’aller à la rencontre de ces passionnés dans l’un des temples du vin parisiens, Lavinia.

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« Le secteur vinicole est stratégique. Au-delà des plaisanteries et caricatures, il s’agit du numéro 2 en termes d’exportation, juste derrière l’aéronautique et avant les parfums et cosmétiques, souligne Christine Duroux, associée chez Kea & Partner, cabinet de conseil en stratégie. Il représente quasiment 10 milliards d’euros positifs dans la balance commerciale et 600 000 emplois. » Il est aussi à la veille d’une transformation majeure, tout comme l’était le luxe dans les années 90, avec de grandes ruptures à prévoir dans les 15 ans à venir, sans oublier la concurrence des vins étrangers et les différents modes de consommation dans d’autres pays à prendre en compte.

Un secteur high tech

TWIL, pour The Wine I Love, est une application qui permet de retrouver un vin que l’on a apprécié. Comme l’explique Alfred Laurent, directeur marketing et fondateur, « un coup de cœur pour un vin, c’est précieux ! Avec l’appli, il suffit de prendre en photo l’étiquette, et aussitôt, on arrive sur la fiche produit, on voit le prix, un pictogramme pour identifier le type de vin, des conseils de notre responsable de région, des informations sur le nombre d’années qu’on peut le garder en cave et à quelle température, les accords mets et vins… Et la possibilité de le commander en direct au producteur. »

Pour ceux qui ont du mal à faire des choix, le chatbot lancé par Matcha grâce à une collaboration entre sommeliers, développeurs et data scientists apporte des réponses. Son petit nom : Magnum. Sa mission, détaillée par Thomas Dayras, CEO : « aider le consommateur à choisir lorsqu’il se trouve sur le site de l’une de nos enseignes partenaires. Si vous recherchez un rouge puissant par exemple, il vous proposera plusieurs options, avec leurs atouts et points forts. »

Des modes de consommation qui évoluent, des entreprises qui s’adaptent

Moins numérique mais toute aussi intéressante, l’entreprise Diam Bouchage produit des bouchons traités au CO2 à l’état supercritique, ce qui, pour simplifier, enlève la molécule qui peut donner un goût de bouchon. « Nous avons vendu près de deux milliards de bouchons dans le monde et nous n’avons jamais eu une réclamation. Nous nous diversifions en nous rendant dans plusieurs pays différents et en visant des vins de plus en plus haut-de-gamme, pour lesquels c’est particulièrement intéressant », expose Bruno de Saizie, directeur commercial.

Quant à Coravin, ils ont tout simplement entrepris de révolutionner la façon de déguster le vin avec « un système qui permet d’accéder à n’importe quel type de vin dans n’importe quelle quantité sans avoir à déboucher la bouteille et en conservant parfaitement ce qui reste », détaille Louis de Demandolx, directeur Europe. Fini le dilemme d’ouvrir une bonne bouteille pour en boire un verre un soir, puis de devoir la terminer dans la semaine ! C’est aussi un outil appréciable pour les professionnels du secteur, note Matthieu Le Priol, directeur du magasin Lavinia : « l’un des basiques chez nous est la dégustation et le partage. Cela nous permet de faire déguster avant l’achat, et nous l’utilisons au niveau du restaurant. Les 6 000 bouteilles disponibles en boutique peuvent ainsi être servies au restaurant. »

La production en profite aussi

Il n’y a pas que les petites entreprises qui se lancent. Les géants du secteur profitent eux aussi des évolutions technologiques, notamment pour aider à la production, comme en témoigne Bernard Magrez, président fondateur du groupe éponyme : « Nous avons acheté les premiers drones en 2013 et nous en avons trois aujourd’hui. Cela nous aide à mieux contrôler la vigne sur sept items différents et en particulier sur ce qu’on appelle le mildiou. Le drone est capable de capter le dessin, le début de la maladie avant que l’œil du vigneron ne le détecte, c’est une évolution considérable. » Sans oublier les radars au sol qui repèrent les nuages à grêle 10 ou 15 kilomètres avant qu’ils n’arrivent et permettent d’envoyer des ballons pour les faire éclater et éviter que les intempéries n’endommagent la vigne, ou Ted, ce robot de 800 kilos mis en fonctionnement dans une entreprise à Toulouse. « C’est un tracteur qui ne fonctionne qu’avec la cartographie que lui fournit le drone, lorsqu’il sort du garage, il travaille deux ou trois heures tout seul grâce à des roues évolutives, et il peut photographier les pieds de vigne. Cela va très loin. »

 Séverine Dégallaix

French Talents spécial Vin - Le replay :